« Je porte plainte pour délit de favoritisme ».
Conseil municipal du 29 septembre 2020 (1)

 

Coup de tonnerre au Conseil municipal de Villejuif. A l’issue du débat sur le premier budget modificatif, le maire P. Garzon conclut que le budget primitif 2020 préparé par l’équipe précédente était « électoraliste, insincère, et illégal », et annonce porter plainte.

 

Début de ce troisième conseil municipal :  presque tout le monde est là sauf le maire battu, F. le Bohellec. Ses colistiers annoncent, embarrassés, que leur chef de fil est « retardé ». Il ne viendra pas leur porter secours. Une spectatrice l’a vu passer en voiture devant les Esselières, où a lieu le conseil, mais il a renoncé à entrer. Il a eu raison, il aurait passé un mauvais quart d’heure.

La séance commence par… une suspension, pour écouter les associations humanitaires face à la crise du Covid. Débat passionnant, gâché par une grosse maladresse d’inadvertance. Le conseil se terminera par l’adhésion de Villejuif au processus de contrôle des loyers. On y reviendra.

 

Le gros sujet : le budget modificatif.

 

On se souvient que le budget primitif 2020 adopté le 23 juillet  n’était autre, avec de petites retouches, que le budget préparé depuis 8 mois par l’ancienne équipe, budget que F. le Bohellec n’avait pas osé présenter avant les élections (qu’il a finalement perdues), car il n’avait plus de majorité en conseil depuis septembre 2019. Ce premier budget devait donc être aussitôt modifié pour tenir compte du vote des citoyennes et citoyennes. Hélas ! ce premier budget « modificatif » doit d’abord « recoudre » les erreurs et délits du budget primitif.

 

Le maire adjoint aux finances, C. Achouri, présente l’enjeu. Il faut :

 

  • Régulariser et sécuriser le budget primitif.

En quelques mois, l’équipe sortante a consommé la quasi-totalité de certains postes prévus pour toute l’année. Il faut voter une rallonge pour un total de 1 millions d’euros pour continuer à travailler. Il s’agit par exemple des fluides et carburants ; Natalie Gandais avait déjà expliqué le cas du budget « enlèvement des dépôts suavages ». Des factures adressées de la Semgest pour des événement de novembre et décembre 2019 n’ont pas encore été payées (pour 180 000 euros)

Il est aussi proposé d’étaler  l’annulation des créances non recouvrées antérieures à … 1984.

  • Intégrer le cout de la crise du Covid (recettes en moins, dépenses en plus)
  • Réaliser tout de suite certaines promesses de politiques plus solidaires, telle la distribution aux familles de bons d’achat pour la rentrée.
  • Et bien sûr tenir compte de quelques ajustements au fil du temps: surcoût de la Halle des sports ( pour 1,3 millions : nos services avaient bien annoncé que le choix de Demathieu et Bard se paierait plus tard !), augmentation du nombre des élus délégués, et.

A total, l’excédent du budget de fonctionnement diminue de 1,5 millions, ce qui fait autant de moins pour l’investissement , du coup on repousse à 2021 (dans 3 mois…)  certains investissements  et finalement on diminue l’endettement prévu.

C’est ensuite la première adjointe, Gaëlle Leydier , qui fait le commentaire politique :

 « Je savais que nous n’avions pas la même politique. Mais j’ai été personnellement atterrée par les erreurs et les délits de gestion de nos prédécesseurs . Nous en découvrons tous les jours. »

 

Le débat

 

Évidemment l’opposition se déchaine. Bien imprudemment, elles et eux, qui n’ont sans doute jamais lu les budgets qu’ils votaient les yeux fermés les années précédents derrière leur « chef naturel dont l’autorité ne saurait être contestée »,  se jettent tête baissée sur tous les chiffons rouges qui viennent de leur être tendus. La charge est menée par Fadma Ouchard et Marc Badel (rappelons que les anciens partisans de le Bohellec se sont répartis sur deux groupes municipaux) :

  • Mais qu’est-ce que c’est que ces 100000 euros de carburants ? Vous êtes partis en vacances avec ?
  • Et 115 000 euros de plus pour votre armée mexicaine !
  • (De Mme Ouchard, le pompon) En six ans de présence je n’ai jamais entendu parler de « créances d’avant 1984 » !

La nouvelle majorité laisse dire et contre-attaque d’abord par petites touches. La rémunération des adjoints et délégués ? C’est dans une enveloppe totale fixée par la loi, et tous travaillent plus que pour un salaire équivalent, afin d’améliorer la vie des Villejuifois. L’ancienne équipe a systémiquement attaquer le service public municipal (ou du GOSB)  pour le remplacer par des sous-traitants beaucoup plus chers. Natalie Gandais :

«  Deux microscopique détails, par exemple. Saviez-vous, vous de l’ancienne équipe, combien nous sont facturées les balayeurs du privé ? 209 euros par jour. À ce prix on pouvant embaucher deux personnes en CDI au service Propreté. Et vous, militants qui colliez vos affiches tous les  jours sur les quelques panneaux d’ « Affichage libre », et qui voyiez aussitôt une camionnette blanche décoller vos affiches ? Nous avons retrouvé sa facture. Je la réserve pour qui de droit… »

Comprennent-ils que la menace se précise ?  Que le responsable en chef, F. le Bohellec, ne viendra pas à leur secours ? Les élu.e.s de l’ancienne équipe se défendent de plus en plus agressivement. L’une d’elles pète un câble : « Je ne me suis pas faite élire pour faire de la politique ! (sic). J’en ai assez, je m’en vais ! » Elle sort, c’est en effet prudent : le nouveau maire, Pierre Garzon,  va répondre.

 

Une réponse très construite

Je la résume :

  • Le budget primitif 2020 est électoraliste. Il servait à montrer, dans les dernières semaines de la campagne, à quel point « un bon maire on le garde ». Les budget de « petits travaux de voierie » de deux ans a été dépensé en quelques mois. Les dépenses de propreté des rues , qui étaient de 35 000 euros par mois les années précédentes, a commencé à grimper en septembre 2019 à 50 000 euros, 75000 en janvier, pour atteindre 100 000 euros par mois en mars et avril (sous confinement).
  • Du coup le budget 2020 était insincère: à ce rythme il ne couvrait pas une année mais moins d’une demi-année. Toutes les factures (de fluides, de carburants) dont  vous vous scandalisez sont des dépenses de quand vous étiez aux affaires : elles seront publiques. Les annulations de créances antérieures à 1984 dont vous ignoriez l’existence ont été réclamées par la Chambre régionale des comptes, elles étaient dans votre budget supplémentaire de septembre 2020, qui a été mis en minorité. Nous allons demander un audit sur les comptes de la Ville, et pour éviter tous les doutes nous recourrons au même cabinet que M. le Bohellec en 2014.
  • Il était illégal. Certaines dépenses de propreté confiées à une entreprise privée, ordonnées sans passer par appel  d’offre voire sans bon de commande, sont manifestement  disproportionnées. Je dépose plainte pour le délit de favoritisme dans les marchés publics.

L’ancienne équipe est anéantie. F.Le Bohellec n’a pas osé venir répondre, il les a abandonnés.  Le groupe Villejuif Rassemblée vote contre le budget modificatif, mais le groupe Badel -Arlé s’abstient. Budget adopté.

Alain Lipietz

***

Le compte-rendu du Conseil municipal du 29 octobre 2020 est en trois parties.

  1. « Je porte plainte pour délit de favoritisme. » 
  2. Les associations humanitaires témoignent sur le Covid à Villejuif.
  3. Contrôle des loyers et Grand Orly Seine Bièvre.

    2 commentaires

  1. Monsieur Lipietz,

    Vos propos et ceux de vos nouveaux « amis » sont à la limite de la diffamation en répétant les mots délits, délictueux….

    Je vous rappelle que c »est vous qui avez présenté le budget 2020 que vous qualifiez notamment d’insincère : en connaissez-vous la définition ?

    En réalité, tout ceci est un nuage de fumée (attaques tous azimuts contre l »ancienne majorité) pour faire croire à vos soutiens que vous pouvez pas réaliser vos promesses électorales que vous vous étiez bien gardé de chiffrer.

  2. Cher Michel, nous traitons déjà ce sujet depuis un certain temps.

    Le budget primitif 2020, adopté le 23 juillet, soit 19 jours après notre arrivée, est celui de F. le Bohellec avec des modifs minimes ici exposées. Il ne restait que quelques jours pour les délais légaux. Il était en effet insincère, nous expliquons en quoi dans nos articles.

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