Le débat sur la police municipale
Conseil municipal du 20 mai 2021 (2)

Dès le début du conseil, l’ancien maire F. le Bohellec demande que le rapport autorisant  à partager avec la police nationale  les images de la vidéo-surveillance de Villejuif soit retiré de l’ordre du jour. Motif : la convention de financement (câblage par fibre optique etc) n’est pas encore finalisée. Le maire Pierre Garzon lui en donne acte et supprime ce point l’autorisant à signer la convention, mais maintient le reste du rapport à l’ordre du jour.

 

Les nouvelles orientations pour la Police municipale.

 

Quand on arrive à ce point du conseil, la maire adjointe déléguée à la Tranquillité et la Prévention, Sylvie Mention (socialiste), présente un panorama général des décisions prises par l’exécutif, suite à un Audit réalisé par un cabinet indépendant sur l’efficacité de la Direction de la Sécurité, de la Prévention et de la Médiation. Vous en trouverez l’exposé sur le site de la Ville (cliquez ici). Résumons :

  • Renforcement de la prévention et de la proximité des policiers municipaux , qui doivent devenir des ilotiers reconnus de la population.
  • Création d’un observatoire de la Tranquillité publique.
  • Création d’une brigade de médiateurs.
  • Création d’une brigade du cadre de vie pour lutter contre les incivilités contre notre environnement urbain (stationnement abusif, dépôts sauvages) .

[Il s’agit largement de reconstituer l’équipe des Agents de Surveillance de la Voie Publique, que l’ancien maire avait supprimée lors de la création de la police municipale, malgré les protestations des élus écologistes de L’Avenir à Villejuif. Avec les conséquences que l’on sait : « le bazar à Villejuif » ,  les tonnes de déchets abandonnés dans nos rues sans aucun respect du calendrier d’enlèvement des encombrants, et que nos agents de la propreté s’acharnent sans relâche à évacuer  . Dès son intronisation, Natalie Gandais, maire-adjointe aux « zero déchet », avait fait adopter qu’on ne peut pas continuer à  laisser les indélicats faire ça et envoyer tous les jours des camionnettes ramasser les encombrants, ce serait le tonneau des Danaïdes.]

  • Suppression de la brigade canine (un seul chien, et qui n’a pas servi à grand-chose).

Globalement, les effectifs de la Police municipale proprement dite seront portés à 30 en fin d’année (sous l’ancienne mandature, F. le Bohellec en avait « budgété » 40, qui n’avaient jamais été recrutés), et l’ensemble de la Direction atteindra 45 personnes.

Mais le débat va essentiellement porter sur deux autres mesures.

  • La suppression des armes intermédiaires, taser et LBD , les policiers gardant leur matraque, leurs bombes aveuglantes et une « arme létale «  (qui peut tuer) : leur pistolet. Ces « armes intermédiaires » se sont souvent révélées plus « létales » qu’on ne le dit. Mais la fréquence des attaques contre n’importe quel type de policier, y compris des secrétaires, par des terroristes islamistes, chrétiens intégristes  ou  dealers, nécessite le maintien d’une protection pour les policiers : leur pistolet.[Cette mesure a fait l’objet d’une énorme campagne de désinfomation dans la presse : la municipalité de Villejuif aurait « désarmé sa Police municipale, » voire l’aurait « démantelée » ! On y revient plus loin.] 
  • Et bien sûr la décision de partager les images de la video-surveillance avec la police nationale, attaquée par F. le Bohellec, on l’a vu, en début de séance. C’est d’ailleurs le seul point qu’on ait à voter ce soir.

Le débat et l’intervention de Carel Assogba

La droite semble désarçonnée par l’exposé de Sylvie Mention et tente surtout de chipoter sur l’audit : il ne leur aurait pas été transmis (si, mais leur chef de liste le leur a-t-il  transmis ?), les agents de la PM n’y auraient pas été associés (bien sûr que si)… Mais elle est très embarrassée par l’opposition de F. le Bohellec au partage des images avec la Police nationale , opposition totalement incompréhensible.

Au nom de F. le Bohellec, M. Zulke  ne trouve qu’un argument : « Cela prépare votre désengagement de la videosurveillance » !  Et alors ? Pour une fois que le transfert des charges financières aurait lieu de la commune vers l’État !! Mais il ne faut pas trop y compter. Il fait aussi observer que ne laisser aux policiers, comme arme létale, « que » leur pistolet va mettre ceux-ci devant un dilemme : c’est vrai, j’en discute plus loin en Post-scriptum.

C’est au tour de notre représentant, Carel Assogba, adjoint du quartier Nord-Est et délégué à la formation à la transition écologique :

« Les drames survenus à Ivry sur Seine le week-end dernier et à Champigny mardi passé nous rappellent à quel point la sécurité au sein des quartiers populaires demeure essentielle pour nos habitants.

A ce titre, les élus du groupe écologiste, saluons avant tout, le travail titanesque d’audit réalisé par les équipes de madame Sylvie Mantion qui permettra la mise en place des dispositifs favorisant la proximité, la prévention et le renforcement de la tranquillité publique à Villejuif et au sein de nos quartiers.

Je veux citer en l’espèce la création à venir d’un observatoire de la tranquillité publique et la mise en place prochaine de deux brigades au sein des services de Police municipale à savoir : la brigade de médiation et la brigade cadre de vie.

Par ailleurs, nous tenons à saluer le travail remarquable de la Police Municipale auprès de nos jeunes notamment avec les actions de prévention contre le harcèlement et les cyberviolences dans les établissements scolaires sans oublier leur soutien et appui en matière de lutte contre les violences faites aux femmes.

Nous saluons également le travail de maraude du service de la jeunesse mis en place pour le respect des mesures sanitaires pendant les confinements.

Nous apportons également notre soutien entier aux activités du Centre de supervision.

Cependant, nous les élus du groupe écologistes, tenons à tirer la sonnette d’alarme. Après moult consultations et concertations de nos habitants notamment durant les deux tours de la campagne municipale de mars et juin 2020, et c’est encore dans le rapport de l’audit : face à la persistance de certains délits, y compris durant le confinement, nous formulons le souhait d’une intervention plus marquée de la PM autour de la lutte contre les trafics de stupéfiants, occupations et autres squats en pied d’immeubles et jusque dans les escaliers. Ces pratiques constituent des violences à l’encontre des habitants, qui ne sont pas acceptables. Afin de préserver nos habitants et leurs enfants de l’influence néfaste des dealers et autres délinquants agissant parfois sans crainte ni scrupule et troublant la sérénité au sein de nos quartiers voire de certains espaces publics, nous souhaitons une coopération réellement efficace entre notre police municipale et la police nationale. »

Cette intervention provoque des applaudissements spontanés dans les rangs de la majorité et des oppositions. Marc Badel, intervenant après Carel, le soutient chaleureusement : normal, c’est un ancien chevènementiste…

On passe au vote (donc : sur le seul principe du partage des images de la vidéo-surveillance avec la police nationale). Seul F. le Bohellec et le petit groupe d’amis qui lui reste refuse de voter pour !

Alain Lipietz

Post-scriptum

C’est avec indignation que, quelques jours après ce conseil, nous trouvons dans nos boites aux lettres un tract anonyme avec pour titre un gros mensonge ;

Un tract anonyme et mensonger (mais clairement en faveur de F. le Bohellec) : procédé ignoble, susceptible de faire annuler l’élection à venir… selon une jurisprudence imprudemment invoquée   par M. Zulke et F. le Bohellec pour faire annuler leur défaite de juin 2020 ! Mais j’en profite pour quelques mises au point.

 

1. Ce n’est pas F. le Bohellec, mais les Verts de Villejuif qui, dès 2013, ont avancé l’exigence d’une police municipale, à l’occasion d’un débat passionnant  où ils avaient fait venir un policier spécialiste de la police de proximité, en particulier contre les dealers, et un spécialiste de la médiation.

Le policier a fait un petit historique. Avant-guerre, il y avait la police nationale et (sauf dans le département de la Seine et les départements de frontière) des polices municipales : les « sergents de ville » faisant fonction d’îlotiers. C’est le dictateur Pétain qui a nationalisé les polices municipales, de crainte que celles des banlieues « rouges » n’entrent dans la Résistance. Et Après-guerre, la 4eRépublique ne leur a pas rendu l’autonomie, toujours par crainte du communisme dans le cadre de la Guerre froide. C’est le gouvernement de L. Jospin et son ministre Chevènement qui ont rouvert la possibilité de polices municipales, sans pouvoir judiciaire (celui de rechercher et arrêter les délinquants), mais uniquement pour la tranquillité publique (la « police administrative »).

Sauf que cela apparaissait comme un nouveau transfert de charges de l’État vers les communes, non compensé par l’État  ! Raison pour laquelle les Verts de Paris (par exemple) refusent la création d’une police municipale à la charge de la municipalité. Donc c’est encore à l’État (au ministre JP Chevènement) que Mme Cordillot, alors maire (communiste) demandait « 50 îlotiers ». Cliquez ici :

Interview de Mme Cordillot sur la sécurité, dans Villjuif Notre Ville

L’analyse des écologistes villejuifois fut que ces îlotiers étaient sans doute nécessaires, mais qu’on ne les obtiendrait jamais de l’État. Ce qui s’est confirmé, sous Sarkozy comme sous Hollande. Les îlotiers, c’était désormais aux communes de se les payer, et nous avons dit « Bon, on n’y peut rien si l’Etat ne veut pas payer, et en attendant il nous faut ces îlotiers », y compris face à Mohamed Mechmache (auteur du rapport du même nom sur la Politique de la Ville où il prônait une police de proximité ) venu nous soutenir aux municipales de 2014, mais qui s’indignait qu’on paie deux fois une police avec nos impôts. Et nous avions précisé qu’il fallait autant de médiateurs que de policiers.

Pendant plusieurs années, communistes et socialistes ont continué à pourfendre la création d’une police municipale, jusqu’à ce qu’un jour Mme Sandra da Silva, élue communiste, laisse échapper en conseil municipal, comme allant de soi : « Bien sûr, nous ne supprimerons pas la police municipale ».

 

2. Dans son intervention, notre élu Carel Assogba s’en est strictement tenu à la différence établie par Jospin entre police nationale (judicaire) et police municipale (administrative). Ce n’est pas le rôle de la police municipale de traquer les dealers en « remontant les filières » jusqu’aux gros bonnets de la drogue. Son rôle est de maintenir la tranquillité aux pieds des immeubles et dans l’espace public.

Au contraire, c’est F. le Bohellec qui a interdit aux policiers municipaux d’empêcher par leur présence le plus gros marché de drogue de la banlieue sud, le « Four » (angle rue Pasteur / rue Henri Barbusse), sous prétexte que la police nationale avait besoin de l’observer pour « remonter les filières ». On sait comment tout cela a fini : devant les provocations de plus en plus insensées des dealers, c’est la police nationale qui a dispersé le Four.

L’appel de Carel Assogba à une « coordination réellement efficace entre les deux polices » vise précisément à éviter ça. Bien sûr, disperser le Four « n’a servi à rien » : il s’est simplement déplacé ailleurs, mais au moins les habitants du quartier sont tranquilles pour un temps. Pour les écologistes, le problème de fond ne pourra être résolu que par une autre politique des drogues : dépénalisation de l’usage des drogues douces et médicalisation des drogues dures. La « guerre à la drogue » imposée par les États-Unis n’a servi qu’à donner une valeur énorme à ces produits et offrir ainsi d’immenses revenus aux mafias.

 

3. L’argument selon lequel la suppression des armes intermédiaires laisserait les policiers face au dilemme « Ou sortir mon pistolet et tirer, au risque de tuer, ou me contenter de ma matraque » n’appartient pas qu’à M. Zulke. C’est un débat honorable. En Comité paritaire de dialogue social, les représentants du personnel CGT ont rapporté les mêmes scrupules, après avoir discuté avec les policiers. Mais les choses sont plus compliquées.

D’abord il faut rappeler que les morts parmi les policiers dans les affrontements armés avec des délinquants ont été divisées par 4 depuis les années 1970. Pour une raison évidente : la dématérialisation de la monnaie. Le braquage, scène encore largement présente dans les séries-télés où l’on s’affronte à coups de pistolets, est un délit en voie de disparition, au profit des arnaques internet. Le nombre de morts dans la police et la gendarmerie tourne autour de 20 par an  pour 250000 agents, soit 1 sur 16 000, très loin des métiers « dangereux »  comme les marins-pêcheurs (1 sur 500) ou les élagueurs (1 sur 1600), dont nous jouissons tous les jours des risques qu’ils prennent pour nous. Mais on objectera que les armes sont aux policiers ce que sont les ceintures de sécurité pour les élagueurs…

Ensuite, la question de la « montée aux extrêmes », tant débattue lors de la crise des euromissiles (l’existence d’armes intermédiaires empêche-t-elle ou favorise-t-elle l’apocalypse nucléaire ?) est insoluble.  C’est une question culturelle. Les policiers racistes américains à la gâchette facile n’ont en effet qu’une matraque et un pistolet, comme les policiers municipaux de Villejuif, mais ils tuent pour un oui pour un non, parce qu’ils ont toujours considéré les Noirs comme une race sans importance. Si un îlotier de Villejuif intervient par hasard sur un homme violent en train de tabasser sa compagne, et si cet homme se retourne contre lui avec une barre de fer, sera-t-il mieux protégé par sa matraque ou sa bombe à poivre, que par un LBD ou un taser, ou par la menace de son pistolet ?  Difficile à dire.

Enfin, rappelons que le taser peut tuer, que l’ONU le considère comme une forme de torture, que le LBD arrache mâchoires et crève des yeux, qu’il a été fortement question de les interdire l’un et l’autre aussi bien pour la police nationale que pour les municipales, et que le Conseil d’État n’autorise leur usage que sous le contrôle d’un supérieur, ce qui en fait quasiment l’équivalent du pistolet. Ces armes ne sont pas si « intermédiaires » que ça. (Voir plus haut les liens internet sur ces deux armes).

Les policiers municipaux ont surtout besoin d’une formation au désamorçage non-violent des conflits, puis aux techniques d’auto-défense avec les armes non létales qu’ils ont à leur disposition.

Rappelons enfin qu’il ya plus de suicides dans la police que de morts dans les affrontements ou même les accidents, y compris dans la police municipale de Villejuif. Et ça  c’est une question de conditions de travail, de respect par la hiérarchie, de bienveillance dans les services.

 

******

Le compte-rendu du conseil municipal du 20 mai 2021 est en 3 articles :

1. Conclusion du débat  sur la 5G

2. Le débat sur la police minicipale

3. Comptes de 2020 :la ville commence à se désendetter.

 

 

 

 

 

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