Décharge sauvage des Hautes -Bruyères : la lutte entre dans une nouvelle étape

Yannick Jadot est venu soutenir les candidates vertes et leurs alliés aux élections départementales dans leur mobilisation contre le projet stupéfiant de l’État : pérenniser la décharge d’ordures dans la Redoute des Hautes-Bruyères (voir les videos à la fin de cet article).

 

Les Villejuifois connaissent, par notre site, par la presse, par les communications du maire, les deux grands enjeux de ce scandale d’Etat :

  • L’installation d’une décharge sauvage de déchets dans un site historique, la Redoute des Hautes Bruyères (élément avancé du système de forts défendant Paris depuis le XIXe siècle). Il y a environ 30 à 40 000 tonnes, dont de l’amiante amenée par un trafic organisé sur Le Bon Coin.
  • L’asservissement, par les mafias gérant le site, de migrants (Roms de Moldavie et Roumanie) occupant un bidonville dans les douves de la Redoute, et dont les enfants sont entrainés à trier les déchets.

 

L’aspect « esclavage humain » escamoté

 

Nous hésitons à employer le mot « esclavage » pour ce travail forcé, basé sur un accès au logement et peut-être d’autres méthodes coercitives : il s’agit plus exactement parlant de « servage » (même si on ne peut exclure qu’il inclue aussi un aspect de de traite des jeunes femmes.) Mais l’ONU range toutes ces formes sous le terme « esclavage moderne ».

Cette exploitation s’est mise en place sous le mandat du maire Le Bohellec, entre mars et mai 2020. Les protestations de la liste Garzon pendant la longue campagne du second tour n’ont pas été entendues. Le Préfet, sous la pression des nouveaux élus de juin 2020, a rendu visite à la décharge en septembre 2020, mais depuis a refusé d’interrompre la noria de camionnettes apportant en permanence les déchets. Ce jour-là, profitant de la police nationale sur place, Natalie Gandais, maire adjointe au Zero-déchet , a pu faire saisir 4 camionnettes : il n’y aura pas d’autre saisie  ! Elle a ensuite livré un témoignage bouleversant sur l’intérieur de la Redoute.

Une décharge sauvage mais rationnellement exploitée !

 

Il était impossible de fermer la voie d’accès, car c’est la même  que l’accès au chantier de la gare du Grand métro express Institut Gustave Roussy. Le Préfet a même refusé de mettre deux policiers pour imposer un filtrage à l’entrée de la voie d’accès (ce qui n’est pas possible pour la police municipale, qui n’est pas « OPJ ».)

La Justice a donnée mandat à la force publique d’évacuer le camp. Ce qu’elle a fait début juin. Une affiche informait les résidents du camp de la date de cette évacuation : ils sont tous partis spontanément avant le date. Des riverains ont vu certains partir dans les fameuses camionnettes, ce qui indiquerait que le réseau d’esclavage était constitué indépendamment du camp lui-même : les mafieux déplacerait leurs équipes de place en place.

Les associations humanitaires ou de défense des droits de l’Homme (RomEurope, LDH), comme les Verts et les partis de gauche de la municipalité, ont eu beau réclamer le relogement des Roms et la scolarisation des enfants, il n’en a été tenu aucun compte. Bourreaux et victimes se sont évanouis dans la nature sans que l’État lève le doigt, pendant un an, pour démanteler, arrêter et juger les mafias et libérer et réinsérer leurs victimes. La plainte de la Mairie, qui porte sur le viol du droit de l’Environnement, n’a plus guère de chance de frapper les coupables.

Comment expliquer cette passivité stupéfiante de l’État ? C’est peut-être l’autre aspect (la décharge elle-même) qui offre la clé.

 

Le projet de l’État : une décharge « contrôlée »

 

La puce a été mise à l’oreille du nouveau maire, Pierre Garzon, quand il a appris que, dès février 2020, l’État avait eu le projet d’installer dans la Redoute … une décharge officielle. Cette orientation a été confirmée le 2 mars 2021 à l’Assemblée Nationale par la ministre Schiappa, suite à la question de la député de la circonscription Albane Gaillot (ex-LaRem), sans tenir compte de la promesse du Président Macron de consacrer le site au projet médical de Campus Grand Parc. Les lettres (dès septembre 2020) de Natalie Gandais au « propriétaire » de la Redoute, le ministre de l’intérieur M. Darmanin, puis à la direction départementale de l’environnement, sont restées sans réponse.  L’enquête du Parisien a montré que c’était l’entreprise Colas qui guignait ce gros marché. Toutefois, à l’heure actuelle, un appel d’offre est lancé pour évacuer la montagne d’ordures.

Colas ou autre, ce projet est démentiel. La Redoute , située à quelques km de Paris, est un élément du patrimoine historique  (les forces de Gambetta puis de la Commune de Paris, sous le commandement de Wroblewski, s’y sont illustrées en 1870-71, puis le fortin a été consolidé par Serré de Rivière). Elle est encastrée entre une Zone d’aménagement concerté, Campus Grand Parc (ex-Cancer Campus), Opération d’Intérêt National incluant le plus grand centre européen de recherche et de traitement du cancer, l’Institut Gustave Roussy, et un parc d’intérêt régional (selon le Sdrif) appartenant au département. Les déchets industriels pénètrent la nappe phréatique qui affleure (nous sommes au point haut de la banlieue sud), puis irrigue la vallée de la Bièvre et le plateau de Longboyau.

Mais voilà : nous sommes une « banlieue populaire ». En lisière du parc : un chapelet de « Quartiers prioritaires de la Politique de la Ville ». L’État , s’il avait voulu forcer la population  à accepter une décharge contrôlée de déchets industriels en laissant se développer une décharge sauvage pendant un  an, ne s’y serait pas pris autrement…

La bataille est perdue sur le volet humain : les mafias sont reparties avec celles et ceux qu’ils avaient mis en servage. Reste la nouvelle bataille : contre le projet de décharge « officielle ».

 

La riposte des Verts.

 

On le voit : c’est en fait toute l’ancienne Communauté d’Agglomération du Val de Bièvre, de Gentilly à Fresnes, qui est concernée. Profitant de la campagne pour les élections départementales, Yannick Jadot, eurodéputé EELV et ancien directeur des campagnes de Greenpeace, est venu vendredi 11 soutenir les candidats verts et leurs alliés de gauche ou associatifs de l’ouest du Val de Marne. Accompagnés des candidat.e.s de Villejuif (Fabienne Schouler et Pierre Bouget), du KB, de Gentilly, d’Ivry , de Fresnes-l’Haÿ, d’Alfortville, nous avons fait tout le tour de la Redoute et de sa montagne d’ordures. Natalie Gandais explique.

 

L’entrée est désormais clôturée, avec une équipe permanente de 3 gardiens privés. Nous les interrogeons. Selon eux, le tribunal a enjoint la Préfecture, en même temps qu’il l’autorisait à expulser les Roms, de sécuriser la décharge… Ce serait donc la préfecture qui paierait la société de gardiennage. A vérifier ! L’État aurait ainsi refusé d’empêcher la constitution d’une montagne d’ordure, en postant deux fonctionnaires sur le chemin d’accès (même pour des opérations coup de poing saisissant les camionnettes) pour, une fois qu’elle est pleine et déborde des murailles, payer une entreprise de gardiennage alors qu’il n’y a plus de trafic ? Intelligent usage des deniers publics.

Puis Yannick Jadot livre son analyse (cliquez) et condamne fermement le projet de décharge « controlée » :

 

Interview de Yannick Jadot 

Les deux secrétaires départementales d’EELV, Nadine Herrati (de Gentilly) et Sabrina Sebaihi (d’Ivry) complètent en soulignant le projet vert pour le département : l’égalité environnementale, et  cette triste évidence : une décharge publique, on ne songe à la placer que dans une banlieue réputée populaire, « donc » moins sensible à l’écologie… Alors même que les plus démunis sont ceux qui ont le plus besoin d’un bel et sain environnement.

Interview de Nadine Herrati et Sabrina Sebaihi

 

 

 

 

 

 

 

 

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