Intervention de Villejuif-Écologie à la commémoration du 17 octobre 1961

Ce jour-là, alors que la guerre d’Algérie touchait à sa fin, des dizaines de milliers de « Français Musulmans d’Algérie » manifestèrent pour protester contre le couvre-feu qui leur était imposé. La charge de la police du préfet Papon s’acheva par des milliers d’arrestations, des centaines de blessés sous la violence du matraquage. Une centaine d’entre eux furent matraqués à mort ou  jetés à la Seine, leurs cadavres enterrés à la sauvette. L’État français imposa une chape de silence sur ces évènements  , qui ne furent mis au jour que des dizaines d’années plus tard.

A Villejuif, le nom d’une placette (en face de l’entrée du parc Pablo Neruda) honore leur mémoire depuis 2013. Chaque année, un rassemblement la commémore. Jamais le maire sorti F. le Bohellec ne s’y rendit. Cette année, covid oblige, la cérémonie sur la place fut brève, mais accompagnée par le maire Pierre Garzon et de nombreux conseillers municipaux. Elle reprit  à la MPT Gérard Philipe par des prises de parole et la projection du film émouvant  d’un jeune Villejuifois, Walid Ben Mabrouk (avec Gaëtan Moumani) : Enfants de cœur. Cette séance fut étonnamment suivie, y compris par une assistance de jeunes.

Mon intervention, au nom de Villejuif-Écologie :

 

 

Cher.e.s ami.e.s,

 

D’autres, mieux que je ne l’aurais su, ont dit ce que fut ce massacre, le plus grand crime d’État commis sur la terre de France depuis la Rafle du Vel d’Hiv. Bien sûr je n’y étais pas, ma première manif fut quelques mois plus tard l’enterrement des morts de Charonne.  Mais cet événement, quoique si longtemps occulté, marque encore sourdement la mémoire française, pour le meilleur et pour le pire.

Pourquoi commémorer aujourd’hui ce 17 octobre ? Monsieur le maire vient de citer Aimé Césaire : Sortir de l’ombre. Je voudrais citer cet autre mot de Césaire : « Le racisme est la continuation du colonialisme » – et il parlait depuis un département français où le colonialisme n’était que la continuation de l’esclavagisme.

Bien sûr, le racisme n’engendre pas chaque année un crime aussi énorme que la Rafle du Vel d’Hiv ou le 17 octobre. Et pourtant, à bas bruit, aujourd’hui même, chaque mois, des centaines de réfugiés qui cherchent à fuir l’Afrique ou l’Asie se noient en Méditerranée parce que notre État ne leur accorde pas l’asile. Chaque année, fuyant la police française, des réfugiés meurent de froid dans la montagne ou se noient dans les eaux de la Roya ou de la Durance. Et parmi les victimes non identifiées de la tragédie de la semaine dernière, aux bords de la Roya ou de la Vésubie, il est probable que l’on trouverait de ces réfugiés à jamais anonymes qui avaient tenté de rallier quelques fermes où des Français leur accordent l’hospitalité.

Ce devoir d’hospitalité à l’égard de l’étranger, du différent, fondement antédiluvien du Vivre ensemble, nous devons le défendre, y compris quand c’est difficile. Nous sommes tous abasourdis par le monstrueux crime d’hier, écoeurés par ce jeune Tchétchène accueilli, plus ou moins bien, mais accueilli par la France, et qui pourtant a décapité un enseignant parce que son discours de tolérance ne lui plaisait pas. Ce crime va, dans les jours qui viennent, déchainer un torrent de haine, comme celui qu’avait nourri chez les Français les attentats du FLN algérien. Nous devons nous apprêter à y résister. Les immigrants, les réfugiés, sont des humains comme les autres, comme nous. On y trouve les mêmes lots de héros et de salauds, d’imbéciles et de fanatiques, de saints, et de femmes et d’hommes de bonne volonté.

Aujourd’hui arrive à Paris la marche des immigrés sans papier. Certains d’entre vous iront les accueillir, d’autres non, par crainte de la Covid. Mais soutenir cette marche sera notre façon d’honorer les martyrs du 17 octobre 1961.

Alain Lipietz

 

 

Post-Scriptum : Dimanche 15 heure, place de la République à Paris : nous serons au rassemblement en soutien aux enseignants face à la folie jihadiste, après le crime de Conflans contre Samuel Paty.

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