Baisse de la population villejuifoise : le mystère s’éclaircit un peu

C’est un comble : après 6 ans de règne d’un « maire bâtisseur », qui a plongé Villejuif dans un enfer permanent de boue et de fracas de chantiers, la population de Villejuif a … diminué ! L’INSEE, chargé du recensement, nous communiquait l’an dernier la « population officielle » 2020 : 54753 habitants ! Il y en avait 56504 en 2012…

 

Un effet statistique ?

 

Gardons la tête froide. Ce qu’on appelle « population officielle au 1er janvier » et qui sert à calculer certaines dotations de l’Etat, c’est en réalité la moyenne des recensements des cinq dernières années, réalisées par sondage au 1/5. Donc, pour l’année 2020 : la moyenne 2015, 2016, 2017, 2018, 2019. Les statisticiens préfèrent parler de « moyenne glissante sur 5 ans centrée sur l’année 2017 ». Et c’est même plus compliqué que ça : on « actualise » le recensement des années passées pour tenir compte des nouvelles constructions. (Nous allons voir que c’est là justement que le bât blesse…)

Donc la soi-disant « population de 2020 » reflétait surtout les premières années de la mandature le Bohellec, à une époque où ne sortaient de terre et n’étaient occupés que les immeubles (nettement plus hauts) du PLU 2013 de Mme Cordillot. D’ailleurs, le chiffre des populations officielles au 1er janvier 2021 vient de paraître  : 54964 habitants à Villejuif, gain modeste de 211 habitants (0,39%). Des villes du plateau briard (Santeny, Villecresnes) croissent 20 fois plus vite, mais Villejuif n’est pas seule  à connaître une décroissance ou une croissance faible de sa population.

Car le fait est là : Villejuif décroit ou croît très faiblement, alors qu’elle semble bouleversée par les chantiers depuis plusieurs années. Ce n’est pas une blague due aux conventions statistiques de l’INSEE. Il y a en effet une baisse constatée des enfants dans nos écoles, alors que face aux fanfaronnades de M. le Bohellec, qui se flattait de construire 9000 logements et quasiment doubler (à 85000) la population de Villejuif, les écologistes de L’Avenir à Villejuif (ancêtre de Villejuif-Écologie) dénonçaient la crise de surpopulation scolaire qui guettait nos écoles , sur la base d’une étude prospective confiée au cabinet Manighetti.

Nous nous sommes tous trompés, et Manighetti en premier lieu. La nouvelle majorité a donc demandé au même cabinet de revoir sa copie, pour détecter erreur par erreur ce qui n’allait pas dans son modèle.

 

Première explication : la fin de la croissance des familles pavillonnaires.

 

La baisse de la population de Villejuif n’est pas un phénomène nouveau : elle est passée de 55606 habitants en 1975 à 47384 en 1999. Puis elle connaît une phase de croissance vigoureuse, qui culmine à 56504 en 2012. Ce n’est pas tant grâce à l’ouverture de la ZAC Centre-ville que dans les quartiers pavillonnaires. Les enfants y ont quitté leurs parents dans les années 1975-99, leurs parents ont vieilli, puis ont pris leur retraite « en province », revendant leurs pavillons à des jeunes couples qui refluaient de Paris avec leurs jeunes enfants, déjà nés ou à naitre. Ces familles avec jeunes enfants ont provoqué la hausse de la population totale et de la population scolaire dans la période 2000-2012.

Mais cette vague a engendré ensuite un nouveau cycle descendant. Ces enfants de 2000-2012 quittent l’école communale vers les collèges (à la charge du Département) puis le lycée (à la charge de la Région) puis quittent le nid et volent de leurs propres ailes, le plus souvent ailleurs qu’à Villejuif. Mais leurs parents, encore actifs ou tout jeunes retraités, n’ont aucune envie de quitter leur pavillon de Villejuif, qui reste occupé par deux fois moins d’habitants ! Dans 10 ou 20 ans ils quitteront peut-être leur pavillon, et le cèderont à de nouveaux jeunes couples, mais actuellement ils l’occupent.

Comme le même phénomène touche aussi les HLM et autres appartements en immeubles collectifs,  cette baisse de la population de 2012 à 2017 touche des quartiers (ici définis par l’école desservie) aussi divers que le nord-ouest (École Joliot-Curie :  483 habitants en moins) que le Centre-ville (Jean Vilar : -459 habitants), les Lozaits (École Langevin : -327 habitants) ou le Lion d’Or (Robespierre et la nouvelle école Simone Veil : -179 habitants). En fait, seuls sont en croissance de 2012 à 2017 les quartiers autour de Georges-Sand.

Globalement, à Villejuif, la tranche d’âge des « retraités » (plus de 66 ans) a gagné 1274 habitants et celle des « jeunes adultes » (de 19 à 35 ans) en a perdu 1370, de 2012 à 2017 ! Et cette tranche des familles susceptibles d’avoir des enfants est passée de 31% à 34 % de familles monoparentales, ce qui n’est pas idéal pour avoir de nouveaux enfants… Du coup, la taille des familles villejuifoise a chuté de 2,38 personnes en 2012 à 2,25 en 2017.

 

Deuxième explication : la lenteur des constructions de logements familiaux

 

Oui mais, dira-t-on, les nouveaux habitants ne vont pas tous dans l’ancien : F. le Bohellec a plongé Villejuif dans la boue et le béton pour accueillir ces nouveaux électeurs, supposés plus favorables à la droite  (à tort : ce ne sont pas des bourgeois ! ) Eh bien, justement : si nous pataugeons dans la boue ou la poussière depuis des années, c’est que les chantiers avancent beaucoup moins vite que prévu, sans faire croître la population scolaire.

Du point de vue d’une municipalité gérant une ville et ses besoins, seuls importent en pratique les logements dits « familiaux ». Pas les places en foyers ni les studios pour étudiants, où « tourne » rapidement une population qui ne restera pas à Villejuif, ne prendra pas l’habitude de fréquenter les services sportifs ou culturels, n’y fera pas d’enfants scolarisés, ne changera même pas son inscription électorale. Mais au contraire : les 3-4 pièces (au moins) permettant d’avoir ou de prévoir des enfants et de « s’installer »

Or F. le Bohellec et les promoteurs qu’il a encouragé ont conçu les nouveaux logements les plus petits possibles quand il s’agissait de respecter le loi SRU et le PLU de 2015 sur le quota de logements sociaux (36 % dans le Val de Bièvre). Et quant aux autres logements, ils visaient une clientèle d’«investisseurs» qui les mettraient en location. Donc là encore pour une population plutôt fluide. Sur les 1337 nouveaux logements offerts à Villejuif de 2012 à 2017, 10% ne sont même pas des résidences principales !

N’exagérons rien : les nouveaux habitants avec enfants finissent par arriver. De fait on constate que si la population des élèves en école primaire baisse, le nombre des enfants en maternelle se maintient : de jeunes parents arrivent de province ou refluent de Paris, parfois  avec un petit enfant qu’ils inscrivent à la maternelle. On verra s’ils y restent. Et dans ce cas ils auront probablement de nouveaux enfants nés à Villejuif.

D’où une première difficulté : on ne sait pas combien un nouveau logement crée de nouveaux habitants. Les prochains modèles de Manighetti prendront en compte plus précisément cette différence entre les logements familiaux et les autres, et le fait qu’une partie de enfants de ces familles arrivantes sont déjà nés hors-Villejuif et une autre est à venir.

Mais on observe aussi un phénomène étonnant : les immeubles promis sont livrés avec un ou deux ans de retard ! Ainsi, en 2019, il manque en fin d’année 670 logements qui étaient considérés comme « à livrer dans l’année » au 1er janvier ! On ne sait pas pourquoi. Frank le Bohellec avait mauvaise réputation chez les promoteurs : négociés dans son bureau, les nouveaux permis de construire apparaissaient souvent comme le fait du Prince, qui ne se gênait pas pour exiger des changements en cours de route. Cela explique-t-il le ralentissement des travaux ? Ou des « annonces » de nouveaux chantiers (au moment où il s’en vantait) n’étaient pas suivies d’effet ?

Bien sûr, les chantiers finiront par s’achever, en 2021 ou plus tard, et de joyeux bambins franchiront le seuil de nos écoles. Nous leur souhaitons la bienvenue à Villejuif, et nous tâcherons de leur offrir une ville aussi verte que possible 🙂

 

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